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- Loveblind, by Dieter Meier

(from the LP "Out Of Chaos)

 

 

 

 

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- Francfort en français

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Quelques extraits marquants:

 

Dans le chapitre Bruits

 

p. 131 « Mais pendant que nous nous confinons dans les livres, encore que les plus choisis et les plus classiques, pour ne lire que de particuliers langages écrits, eux-mêmes simples dialectes, et dialectes provinciaux, nous voici en danger d’oublier le langage de toutes choses comme tous événements parlent sans métaphore, le seul riche, le seul langage-étalon. Beaucoup s’en publie, mais peu s’en imprime. Les rayons qui pénètrent par le volet ne seront plus dans le souvenir le volet une fois le volet grand ouvert. Ni méthode, ni discipline ne sauraient suppléer à la nécessité de se tenir éternellement sur le qui-vive. Qu’est ce qu’un cours d’histoire ou de philosophie, voire de poésie, quelque choix qui y ait présidé, ou la meilleure société, ou la plus admirable routine d’existence, comparés à la discipline qui consiste à toujours regarder ce qui est à voir ? Voulez-vous être un lecteur, simplement un homme d’études, ou un voyant ? »

 

p. 144 il écrit « parfois, le dimanche, j’entendais les cloches, la cloche de Lincoln, d’Acton, de Bedford ou de Concord, lorsque le vent se trouvait favorable, comme une faible, douce et eut-on dit, naturelle mélodie, digne d’importation dans la solitude ». 

 

 

Dans le chapitre Solitude

 

p. 151 « Soir délicieux, où le corps n’est plus qu’un sens, et par tous les pores absorbe le délice. Je vais et viens avec une étrange liberté dans la Nature, devenu partie d’elle-même. Tandis que je me promène le long de la rive pierreuse de l’étang, en manches de chemise malgré la fraîcheur, le ciel nuageux et le vent, et que je ne vois rien de spécial pour m’attirer, tous les éléments me sont étonnamment homogènes. Les grenouilles géantes donnent de la trompe en avant-coureurs de la nuit, et le chant du whippoorwill s’en vient de l’autre côté de l’eau sur l’aile frissonnante de la brise. La sympathie avec les feuilles agitées de l’aune et du peuplier me fait presque perdre la respiration ; toutefois, comme le lac, ma sérénité se ride sans se troubler. »

 

p. 190 « Voici le résultat de mon expérience en cultivant des haricots : semez le petit haricot blanc touffu commun vers le premier juin, en rang de trois pieds sur dix-huit pouces d’intervalle, ayant soin de choisir de la semence fraîche, ronde, et sans mélange. Commencez par prendre garde aux vers, et comblez les lacunes en semant derechef. Puis prenez garde aux marmottes, si c’est un endroit découvert, car elles grignoteront en passant les premières feuilles tendres presque à blanc : enfin lorsque les jeunes vrilles font leur apparition, les voilà qui de nouveau le remarquent, et les tondront ras y compris bourgeons et jeunes cosses, assises tête droite comme un écureuil. Mais surtout récoltez d’aussi bonne heure que possible, si vous voulez, échappant aux gelées, avoir une belle et vendable récolte ; c’est le moyen d’éviter beaucoup de perte ».

 

 

Dans le chapitre Le village

 

p. 194 « Après avoir sarclé, ou peut être lu et écrit, dans la matinée, je prenais d’ordinaire un second bain dans l’étang, traversant à la nage quelqu’une des ses criques comme épreuve de distance, lavais ma personne des poussières du labeur, ou effaçais la dernière ride causée par l’étude, et pour l’après-midi étais entièrement libre. »
 

p. 217 « C’est une occupation calmante, par un de ces beaux jours d’automne, quand toute la chaleur du soleil s’apprécie pleinement, de prendre pour siège une souche d’arbre sur quelque hauteur comme celle-ci, l’étang sous les yeux, et d’étudier les cercles de rides qui s’inscrivent sans cesse sur sa surface autrement invisible parmi le ciel et les arbres réfléchis. Sur cette grande étendue pas un trouble qui aussitôt doucement ne s’atténue et s’apaise, comme dans le vase d’eau ébranlée les cercles tremblants en quête de ses bords pour tout retrouver son égalité. Pas un poisson ne peut sauter plus qu’un insecte tomber sur l’étang sans que la nouvelle s’en répande en rides élargissant leurs cercles, en linges de beauté, comme qui dirait le constant affleurement de sa fontaine, la douce pulsation de sa vie, le soulèvement de son sein. Les frissons de joie ne se distinguent pas des frissons de douleur. »

 

 

 

 

Quelques extraits marquants:

 

L’être qui vient

 

J’écoute l’enregistrement du morceau New York, I Love You But You’re Bringing Me Down du LCD Soundsystem, lors de leur concert historique au Madison Square Garden de New-York en avril 2011. J’étais dans la salle ce soir-là,j’assistai ce qui nous semblait être, alors, le dernier show du groupe. Ils avaient annoncé qu’ils se sépareraient quand leur chanteur atteindrait les quarante ans, le moment était venu… Pour la petite histoire, le groupe s’est depuis reformé, mais peu importe. L’essentiel est ce moment de grâce, ce soir frais de printemps, où James Murphy fit ses adieux à sa ville par ce morceau emblématique ; une ode mélancolique à la Pomme Verte. Mon émotion en réécoutant cette chanson, des années plus tard, tient moins au souvenir même de l’événement qu’au fait qu’il me transporte, de nouveau, parmi ceux qui partagent avec moi ma passion pour cette musique, communauté aux bords poreux, non définie et pourtant bien particulière. Mes applaudissements, ma tristesse se mêlent à des milliers d’autres. Je suis eux, ils sont moi, nous sommes quelque chose. Dans le brouhaha diffus du « live », nul ne peut distinguer qui que ce soit et c’est précisément cet anonymat collectif, dans lequel je peux m’oublier, toutes les frontières entre individus abolies, qui fait la magie du moment. Dans son essai La Communauté qui vient, Giorgio Agamben évoque les « singularités quelconques » :

 

« Que serait une communauté sans présupposés,sans condition d’appartenance, sans identité ? Peut-on imaginer une communauté faite d’hommes qui ne se revendiquent pas une identité (être français, rouge, musulman) ? Comment penser désormais une communauté formée par des singularités quelconques, c’est à dire parfaitement déterminées, mais sans que jamais un concept ou une propriété puisse lui servir d’identité ? L’être qui vient : ni individu ni universel, mais quelconque. Singulier,

mais sans identité. Défini, mais uniquement dans l’espace vide de l’exemple. Et, toutefois, ni générique ni indifférent : au contraire, tel que de toute façon il importe, objet propre de l’amour. »

 

« Défini uniquement dans l’espace vide de l’exemple ». Description parfaite de cette communauté sans présupposé, condition d’appartenance ou identité que nous formions alors, nous les « fans » ou amateurs du LCD Soundsystem, réunis le temps d’un concert.

 

(Incognito, p. 270)

 

« L’être qui vient : ni individu ni universel, mais quelconque » écrit Agamben. « L’antinomie de l’individuel et de l’universel tire son origine du langage », rappelle-t-il aussi. Un concept, pourtant, échappe à cette antinomie : l’exemple. Il est le Plus Commun, qui retranche de toute communauté réelle. « Ces singularités pures ne communiquent que dans l’espace vide de l’exemple, sans être rattachées à aucune propriété commune, à aucune identité. Elles se sont expropriées de toute identité, pour s’approprier l’appartenance même, le signe ∈ ».

 

« Quelle peut être la politique de la singularité quelconque ? » s’interroge plus loin le philosophe italien. Il trouve des éléments de réponse dans le mouvement de la place Tienanmen, en Chine, qui émerge au moment où il rédige son livre, en 1989 : « Le fait le plus frappant, dans les manifestations du mois de mai chinois, c’est la relative absence de contenu revendicatif précis ». La violence des réactions du pouvoir chinois, si elle paraît d’abord inexplicable, s’explique par ce que ces singularités quelconques, qui s’expriment de façon pacifiste et civique, remettent en cause, par leur existence même, le rôle de l’Etat. Une radicalité à rapprocher de celle des Anonymous et lanceurs d’alerte. « Cela n’a rien à voir avec la simple revendication du social contre l’Etat, précise Agamben. En dernière instance, l’Etat peut reconnaître n’importe quelle revendication d’identité (…). Mais que des singularités constituent une communauté sans revendiquer une identité, que des hommes co-appartiennent sans une condition d’appartenance représentable (…) constitue ce que l’Etat ne peut en aucun cas tolérer. » Ainsi, à la fin des années quatre-vingt, Agamben avait-il prédit de ce qui allait bientôt s’incarner à travers les nouvelles figures de l’anonymat politique. « La nouveauté de la politique qui vient, c’est qu’elle ne sera plus une lutte pour la conquête ou le contrôle de l’Etat, mais une lutte entre l’Etat et le non Etat (…) Partout où des singularités manifesteront pacifiquement leur être commun, il y aura une place Tienanmen et, tôt ou tard, les chars d’assaut apparaitront ». Les occupants de la Place Tahrir en Egypte, en 2011, qui se revendiquaient sans leader et revêtaient parfois le masque d’Anonymous, de même que ceux de la place Taksim, en Turquie, l’année suivante, sont les figures politiques les plus récentes de ces singularités quelconques. Bien d’autres sont à venir.

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// Cette saison //
Hommage à Rainer Maria Rilke

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écrire dans une langue étrangère”

  ( voix : Isabelle Carré )

Témoignages - Première Session

( voix : Charles Berling, Isabelle Huppert )

Témoignages - Deuxième Session     ( voix : Charles Berling, Isabelle Huppert )

Marina Tsvétaïeva - poème en français

Le Gars interprété par Isabelle Carré, Marie Darrieussecq, Philippe Djian, Yasmina Reza )

Tsvétaïeva / Rilke - correspondance

( Extraits de Correspondance interprétés par

Isabelle Huppert et Charles Berling )

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La Salle
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